Quand Sainte Thérèse affrontait l’épidémie de grippe au carmel de Lisieux

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  • 3 mai 2020
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« Un mois après le départ de notre Sainte Mère, l'influenza se déclara dans la communauté, j'étais seule debout avec deux autres sœurs, jamais je ne pourrai dire tout ce que j'ai vu, ce que m'a paru la vie et tout ce qui passe…

Le jour de mes 19 ans fut fêté par une mort, bientôt suivie de deux autres. A cette époque j'étais seule à la sacristie, ma première d'emploi étant très gravement malade, c'était moi qui devais préparer les enterrements, ouvrir les grilles du chœur à la messe, etc. Le Bon Dieu m'a donné bien des grâces de force à ce moment, je me demande maintenant comment j'ai pu faire sans frayeur tout ce que j'ai fait ; la mort régnait partout, les plus malades étaient soignées par celles qui se traînaient à peine, aussitôt qu'une sœur avait rendu le dernier soupir on était obligé de la laisser seule. Un matin en me levant, j'eus le pressentiment que Sr Madeleine était morte ; le dortoir était dans l'obscurité, personne ne sortait des cellules, enfin je me décidai à entrer dans celle de ma Sr Madeleine dont la porte était ouverte ; je la vis en effet, habillée et couchée sur sa paillasse, je n'eus pas la moindre frayeur. Voyant qu'elle n'avait pas de cierge j'allai lui en chercher, ainsi qu'une couronne de roses.

Le soir de la mort de Mère Sous-Prieure, j'étais seule avec l'infirmière ; il est impossible de se figurer le triste état de la communauté à ce moment, celles qui étaient debout peuvent seules s'en faire une idée, mais au milieu de cet abandon, je sentais que le Bon Dieu veillait sur nous. C'était sans effort que les mourantes passaient à une vie meilleure, aussitôt après leur mort une expression de joie et de paix se répandait sur leurs traits, on aurait dit un doux sommeil ; c'en était bien un véritablement puisque après que la figure de ce monde aura passé, elles se réveilleront pour jouir éternellement des délices réservées aux élus…

Tout le temps que la communauté fut ainsi éprouvée, je pus avoir l'ineffable consolation de faire tous les jours la Ste Communion… Ah ! que c'était doux !… Jésus me gâta longtemps, plus longtemps que se fidèles épouses, car il permit qu'on me Le donnât sans que les autres aient le bonheur de Le recevoir. J'étais aussi bien heureuse de toucher aux vases sacrés, de préparer les petits langes destinés à recevoir Jésus, je sentais qu'il me fallait être bien fervente et je me rappelais souvent cette parole adressée à un saint diacre: «Soyez saint, vous qui touchez les vases du Seigneur.»

Je ne puis pas dire que j'aie souvent reçu des consolations pendant mes actions de grâces, c'est peut-être le moment où j'en ai le moins… Je trouve cela tout naturel puisque je me suis offerte à Jésus non comme une personne qui désire recevoir sa visite pour sa propre consolation, mais au contraire pour le plaisir de Celui qui se donne à moi. » (Manuscrit A, 79r-79v)