Savoir raison garder : le danger du culte Raoult

Éditorial – Didier Raoult, « Gilet Jaune d’honneur » comme disait Éric Zemmour. Je pense que tout est dit. Ceux qui ont soutenu les Gilets Jaunes, très majoritairement, soutiennent le Dr Raoult et/ou affirment que le nombre de morts est surévalué, que c’est une gigantesque entreprise de manipulation de l’opinion dans le but de faire accepter une dictature mondialiste. À l’inverse, ceux qui se sont montrés critiques vis-à-vis des Gilets Jaunes, sont aussi plutôt sceptiques à l’égard de toute cette histoire.

Enfin… c’est là une réflexion que je me suis faite, elle-même le fruit de discussions que j’ai eues avec des proches. Les pro-GJ sont en général pro-Raoult et pro-déconfinement ; les anti-GJ sont Raoult-sceptiques et pro-confinement.

Le problème que j’ai avec les Gilets Jaunes, c’est qu’ils n’étaient avant tout que de nouveaux vecteurs de la « Domination des Inférieurs », selon l’expression de Edgar J. Jung, la domination démocratique de la populace, et fort logiquement fermés par principe à toute transcendance en refusant de reconnaître de véritables supérieurs devant lesquels se soumettre. Le mouvement ne pouvait que se gauchiser ou s’anarchiser, à cause de cet égalitarisme sous-jacent, ce qu’il fit. Le populisme est une idéologie de gauche, on ne le répétera jamais assez, qui affirme que le peuple a une volonté propre et une volonté suffisamment vertueuse pour pouvoir faire le bon choix dans toute décision majeure. Et malheureusement, ce mode d’esprit libertaire – libertaire parce que mondain et optimiste sur la nature humaine -, le même esprit propre aux sociétés de pensée artificielles comme la franc-maçonnerie, a largement contaminé les milieux « de Droite », qu’ils soient ou non catholiques. Des milieux qui n’ont certes pas attendu les GJ pour opérer ce basculement, mais qui y ont vu des excellents incitateurs et accélérateurs pour ce processus.

Ainsi donc, beaucoup appliquent au réel une véritable mythologie politique avec d’un côté les défenseurs du peuple, forcément bon, et de l’autre les défenseurs de l’élite, forcément mauvaise. Cette grille de lecture fausse notre jugement en surestimant le peuple d’une part, et d’autre part en jugeant au-delà de ce qui nous est permis les membres de « l’élite » actuelle. Certes, un constat objectif nous oblige à admettre la mauvaise gestion de nos gouvernants sur énormément de sujets, mauvaise gestion liée à une immoralité essentielle produite par une absence de Foi et une adhésion à des idéologies perverses (qui n’est que le revers de l’absence de Foi), mais là encore, le problème qu’il peut y avoir dans notre analyse de leurs actions, c’est le « systématisme » qui ne juge pas selon la justice, mais selon la grille de lecture mythologique. On doit la justice même à nos ennemis, on ne peut pas se permettre de se faire les relais de calomnies les concernant, et aussi, on ne doit pas surestimer nos propres capacités de discernement. Emportés par notre adhésion idéologique, on ne cherche plus en effet à véritablement déterminer le vrai du faux, mais à trouver tous les éléments en faveur de notre thèse préétablie. C’est le propre de l’idéologie d’ailleurs, que d’introduire cette nécessité de l’action en vue d’un projet déjà déterminé dans le processus de connaissance, ne pouvant donc que fausser notre intelligence et endurcir l’âme.

C’est aussi un des principaux arguments contre la démocratie : l’être humain, en général, n’a pas les vertus et les connaissances nécessaires pour trancher les questions scientifiques et politiques majeures, car elles dépassent ses propres capacités intellectuelles, morales et « artistiques ». Et c’est l’idéologie qui nous procure, malgré ces manques, cette assurance dans nos conclusions. On est tous plus ou moins atteint par ce fruit de la démocratie de masse et du péché originel, moi y compris.

Je ne m’y « connais » pas du tout en médecine. Par conséquent, je n’ai pas d’avis déterminé sur la létalité ou la viralité du coronavirus, ni sur l’efficacité du traitement à l’hydroxychloroquine. Dans le doute, je m’appuie faiblement sur le consensus scientifique sans pour autant considérer ce consensus comme l’expression certaine de la vérité, étant conscient que notre société est malade de vices qui influencent forcément les milieux scientifiques.

Le discours idéologique dominant n’est pas le simple fruit des politiques, mais plutôt d’une méta-institution regroupant plusieurs groupes sociaux parfois opposés les uns aux autres, et dont font aussi partie les scientifiques reconnus, ce que la NRx appelle la « Cathédrale », ceux qui parlent avec autorité, et qui défendent une idéologie basée sur la fluidité de la nature humaine et le nivellement égalitaire, sans pour autant assumer toutes les conséquences d’un tel choix. Là encore, l’idéologie – et plus prosaïquement leurs intérêts – altère leur intelligence, ce qui les pousse à l’inconséquence, elle-même facteur d’hystérie. Tout cela fait que ce serait imprudent de croire toujours en leur véracité ou de considérer leur parole comme absolument dénuée d’arrière-pensée nocive.

En raison de ce constat, je ne suis pas hostile par principe envers les « théories du complot », mais je crains que, bien souvent, elles ne soient le fruit d’une idéologie déterminée plus que d’un raisonnement véritablement probant. Une idéologie créée pour s’opposer aux agissements de la « Cathédrale », du « Système » – et qui reprend d’ailleurs très souvent une partie voire la globalité de son logiciel de pensée -, mais qui demeure une idéologie précisément car née d’une opposition plus que d’une recherche sincère du vrai. Et quand je vois le nombre de mes frères en Chrétienté qui ont un avis tranché sur ces questions qui nous dépassent, avis qui est en général le reflet de la grille de lecture antisystème, j’ai peur, peur pour eux et pour nous… Voilà pourquoi j’ai essayé de nuancer timidement cette tendance en montrant ce qui me semblait « ne pas coller » à la grille de lecture populiste, sans pour autant forcément valider tous les propos des autorités en place.

Le problème d’une société vicieuse, c’est que, progressivement, la certitude intellectuelle s’étiole, car on ne peut pas croire des gens que l’on estime malicieux ou médiocres… Le seul remède aux « fake news », ce n’est pas la soumission aveugle à une élite progressiste ou, au choix, à une masse éveillée, toutes deux supposées uniques détentrices de la sagesse – ce qui au contraire alimenterait un cercle vicieux -, mais le retour à Dieu, qui nous amènera ainsi à une purification de nos mœurs, peuple comme élite. Tant que cela ne sera pas le cas, la confiance au sein de la société continuera d’être fort relative et c’est l’incertitude ou plutôt l’idéologie qui régnera dans les consciences

Plus que jamais, l’Ordre dans nos sociétés passe par la reconnaissance du règne du Christ-Roi et l’application de Sa Divine Volonté.

(Théodon)